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Mai 2007

Article paru dans le bulletin de la Communauté Juive de Neuilly-sur-Seine - Paris-Ouest (Pessa'h 2007)

     "La tradition ici est que chaque personne autour de cette table dise son nom, ce qu’elle fait, et ce qui l'amène a Pékin !".
     Ainsi commence en général le repas de chabat hebdomadaire que donnent à leur propre domicile le Grand Rabbin de Pékin, Shimon Freundlich, et sa femme Dini, pour 30 à 50 personnes selon les semaines. Le tour de table est alors immédiatement suivi par un "Hiné ma tov hou manaïm" repris en coeur par les convives, avant un repas plein de zémirot, de latkess et de vodka.

- Le rendez-vous du vendredi soir
- Rassembler une vraie communauté
- Une expérience unique du judaïsme
- Notes


Le rendez-vous du vendredi soir

     Le rendez vous du vendredi soir de la communauté juive de Pékin a ainsi ses incontournables : l'explication de la parasha de la semaine par les jeunes élèves de l'école juive Ganeinou, le discours du rabbin, qui en bon britannique ne manque jamais, non sans humour, de taper un peu sur les Français...mais aussi, pour les "jeunes" (20-30 ans), une soirée qui se prolonge quasi-systématiquement par une sortie en boite de nuit ou dans un des nombreux bars de Pékin... pas très chabatique, certes (et évidemment le rabbin ne nous y encourage pas), mais cela participe aussi de la vie juive de la ville...
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Rassembler une vraie communauté

     Ce dernier détail n’est en effet pas qu’anecdotique. Le talent, voire l’exploit du rabbin Freundlich, c’est justement d’avoir réussi à rassembler et à fidéliser autour de lui une communauté hétéroclite de personnes de toutes nationalités, de tous âges et, plus extraordinaire, de tous niveaux de pratique. Plus qu’une synagogue, c’est en effet un véritable foyer juif qu’offre à la communauté expatriée locale le domicile du rabbin, et de nombreux fidèles sont présents tous les vendredi soirs, alors qu’ils n’avaient absolument pas l’habitude d’aller à la synagogue dans leur pays d’origine. Certains ont même attendu de se retrouver en Chine, pays du taoïsme idolâtre, où le porc est la base de l’alimentation, pour revenir à la pratique religieuse.

La première vraie communauté historique de Pékin était essentiellement composée de juifs d’URSS (Azerbaïdjan, Ouzbékistan...), qui, avec l’essor de la Chine, ont récemment été rejoints par des businessmen, des étudiants en chinois ou des aventuriers divers, américains et israéliens pour la plupart, européens dans une moindre mesure. Le judaïsme de la capitale chinoise est ainsi aujourd’hui en plein développement, et les années 2006 et 2007 sont certainement des années charnières dans son histoire. En effet, outre un restaurant israélien (non cacher), une école juive, Ganeinou, fierté du rabbin, a ouvert ses portes, suivie par un nouveau "mikvé-spa", une nouvelle synagogue dans le quartier russe et bientôt un restaurant cacher. Il existe par ailleurs dans la ville une troisième synagogue, de tendance libérale américaine.

Longtemps à la traîne face à ses "grandes soeurs" que sont les communautés juives de Hong Kong et Shanghai, la communauté de Pékin semble donc bien partie pour les rattraper. Il reste cependant difficile de chiffrer exactement le nombre de Juifs à Pékin. Beaucoup ne sont en effet que de passage, certains, les étudiants notamment, ne restent qu’une ou deux années, certains encore partagent leur vie entre plusieurs endroits, et d’autres, enfin, ne se joignent à la communauté que pour Roch Hachana et Yom Kippour.
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Une expérience unique du judaïsme

     Néanmoins, à Pékin comme ailleurs en Chine, tout le monde, quelle que soit son origine, s’accorde sur un point : l'expérience du judaïsme "expatrié" est unique en son genre. On parle souvent de ce "petit-quelque-chose" qui fait que où qu’il soit, un juif sera heureux de retrouver des correligionnaires, avec lesquels il sera à-même de communiquer et de partager plus facilement. C’est pourtant certainement dans un de ces pays comme la Chine, où il n’existe pas à proprement parler de communauté historique locale*, que la magie du phénomène se fait le mieux ressentir. L’harmonie qui règne lors du traditionnel rendez-vous chabatique ou lors de différents rassemblements en est la preuve. Difficile de mieux ressentir son appartenance à un même peuple, à une même culture, que lorsque des personnes venues des quatre coins du monde, et qui ne se connaissaient pas quelques heures plus tôt entonnent en coeur les mêmes chansons, apprécient la même nourriture, partagent les mêmes valeurs... Le judaïsme d'expatrié permet ainsi de ressentir une facette de la beauté du judaïsme qu’on ne peut que difficilement ressentir ailleurs. A Pékin, on peut ainsi être "plus juif que juif". Cette expérience doit beaucoup à la personnalité du rabbin, membre du mouvement Loubavitch, qui s’est fait pour spécialité d’animer partout dans le monde les communautés juives d'expatriés.

A ce rabbin du bout du monde et a sa femme, mais aussi à tous les autres et toutes les autres qui m’ont accueilli, à Shanghai, Hong Kong et partout ailleurs en Asie, je voudrais, par l'intermédiaire de cet article, puisqu’on m’en donne l’occasion, exprimer ma reconnaissance. Sans eux, mon Pékin ne serait pas mon Pékin, et ma Chine ne serait pas ma Chine. Et je sais qu’à travers ma reconnaissance, c’est la reconnaissance de beaucoup d’autres qui s’exprime.
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Notes

     * On atteste de la présence de Juifs en Chine dès le 8ème siecle. Marco Polo, dans ses récits de voyages, évoque lui-même une communauté juive à Pékin. On n’a cependant que très peu d’informations sur ces Juifs chinois, qui ont aujourd’hui complètement disparus, assimilés aux chinois "Han", ethnie majoritaire.
Une exception historique demeure cependant, à Kaifeng, dans la province du Henan, où quelques personnes, habitant autour d’une rue qui se nomme toujours, en chinois, "rue de l’Enseignement de la Thora", se souviennent que leurs ancêtres étaient Juifs, et continuent pour certains, en guise de seule pratique religieuse, à ne pas manger de porc. Ces "Juifs de Kaifeng", physiquement semblables aux autres Chinois, ne sont pas reconnus par la plupart des rabbins et ne sont pas eux-mêmes organisés en une communauté. Ils n’entretiennent aucune relation avec les communautés juives d’expatriés des grandes villes de Chine.

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Célébration de Hannoukka dans un ancien palais princier de Pékin (Palais du Prince Gong),
organisée par le mouvement Loubavitch et l'ambassade d'Israël en Chine.


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